Le monde traverse une grave crise financière, trouvant ses origines dans le secteur de l'immobilier états-unien (crise des subprimes[1]), et affectant par effet boule de neige l'économie sur une échelle internationale.
Cette crise, la plus grave depuis celle de 1929 selon Alan Greenspan[2], n'épargne personne: D'abord les plus grandes institutions financières mondiales(Lehman Brothers, Merrill Lynch, Goldman Sachs...etc.) et maintenant les grandes entreprises tout secteur confondu(Ford, Dell…etc.). Ainsi, elle à vite engendrée une crise économique mondiale, et face a une telle situation, le secteur des TI (Technologies de l'information et de la communication) semble fragile et enclin à imploser.
Mais, considérant ses spécificités inhérentes, ce secteur est il vraiment en danger? Ou bien, cette énième crise n'est que passagère, n'ayant pas de réelles répercussions sur celui-ci?
De jours en jours, les bourses mondiales chutent, et avec elles les entreprises grandes ou petites, qui entrainent inévitablement le secteur des technologies de l'information, de plus la récession qui sévit un peu partout dans le monde, ne permet pas d'envisager des perspectives rassurantes, et au contraire, attise les craintes et les appréhensions.
Le secteur va donc mal, d'abord parce que l'activité recule dans pratiquement tout les domaines (le marché de la publicité en ligne recule, le e-commerce concède une baisse historique de 4% par rapport à l'an dernier); mais aussi parce que toutes les entreprises cherchent a réduire leurs coûts et lorgnent forcement du coté des IT: les banques Natixis[3](qui veut réduire ses coûts fixes de 10%) et Calyon ont déjà annoncé leurs plans de réduction des coûts(qui affecte aussi les IT).
Ensuite, si on prends comme baromètre, la prolifération des start-ups, on constate que depuis la crise, les capital-risques(Venture Capital) qui d'habitude poussent et financent les start-ups, tendent à privilégier des politiques plus rigides, avec de moins en moins d'investissements et de financements, Mark Heesen, président de la "National Venture Capital Association"[4], l'a affirmé à la University Start-ups Conference 2008, et considère que le secteur IT et devenu moins "hot" du fait de la crise.
Enfin, notons que les offres d'emploi dans le secteur, diminuent très vite, surtout concernant les jeunes diplômés ( -66% en France en octobre selon l'AFIJ[5]) et que les prévisions ne sont pas favorables à des taux plus élevés (certains recruteurs n'ayant pas du tout établie de plan de recrutement pour 2009[5]); de plus, les licenciements sont légions, même les plus grandes entreprises du domaine s'y mettent: la plus grande entreprise de télécommunications américaine, AT&T, prépare le licenciement de 12 000 employés[6], Google prévoit de licencier 10 000 "contractuels"[7], aussi, sont action a chuté vertigineusement, passant de prés de 750$ début 2008 à 250$ fin novembre.
Un environnement très perturbé, des entreprises qui licencient, et des prévisions peu favorables, autant d'éléments qui attestent que le secteur IT ne va pas très bien.
Néanmoins, cette fameuse crise, n'a pas enterré le secteur, il se pourrait que ça ne soit qu'un épiphénomène, surmontable, et qui plus est, bénéfique!
Ainsi, même si les entreprises licencient, c'est souvent dans le cadre d'un plan général de suppression d'emplois, ce n'est pas spécifique au secteur IT.
Aussi, si on prend l'exemple de Google, notons que les employés licenciés sont tous contractuels, de plus, cela témoigne que Google préfère licencier plutôt que d'arrêter ces grands chantiers (Numérisation de livres et journaux, Cloud Computing, Android...etc.), ce qui, dans l'absolue est bénéfique au secteur, et surtout bénéfique à l'économie en entier sur le long terme.
Les nouvelles politiques entreprises par les capital-risques, sont ici aussi très intéressantes, on identifie ainsi un paradoxe propre a elles[8]: Les capital-risques ne faisant plus confiances aux start-ups, et investissant de moins en moins dans celles-ci, incitent ces dernières a ce diriger vers des solutions open-sources de plus en plus fiables et avec des coûts initiaux pratiquement nuls, les capital-risques fragilisent ainsi leurs propres positions et surtout celles des entreprises développant des solutions propriétaires, sans nécessairement restreindre le nombre de start-ups nouvellement crées(le fameux baromètres n'est donc pas alarmants), ainsi, cela favoriserais l'essor du logiciel libre et de tout son microcosme.
De plus, ces financements restreints pourraient même contribuer à assainir le secteur, on le débarrassant du lot de start-ups qui se ressemblent et qui non aucun modèle économique viable.
Enfin et surtout, le monde moderne à toujours connu des crises et c'en est toujours bien sortie, notamment grâce a des avancées majeurs technologiques ou pas, ainsi l'innovation a toujours été fertile en période de crise. Si on considère encore une fois le parallèle avec la crise de 1929, on constate que cette dernière a vu émerger:
matières plastiques, radio de masse et cinéma populaire, progrès spectaculaire dans l'aviation, pénicilline (1929), nylon (1930), radar (1934)...etc.
Il est donc sain de supposer qu'un boom en matière d'innovation est imminent(Les GreenIT font déjà le buzz[9]) et qu'il est susceptible de doper le secteur contribuant ainsi à stimuler l'économie.
L'homme est toujours enclin à trouver de nouvelles solutions aux problèmes auxquelles il fait face, et cela est particulièrement vrai pour le secteur des nouvelles technologies.
Au vue de ces arguments, on pourra dire que du moment où la crise n'est pas circonscrite au seul secteur des IT, elle n'est pas aussi préjudiciable qu'on pourrait le croire, elle pourra à terme être surmonté, notamment via l'innovation qui devra évoluer de façon exponentielle pendant cette période, permettant ainsi, de créer des opportunités de développement.
En conclusion, on dira que le secteur des IT souffre certes de la crise économique mondiale; cependant, il en souffre moins que les autres secteurs; il tend aussi à chercher des solutions intrinsèques; et surtout il pourra a terme entrainer l'économie mondiale vers une relance.
Il constitue donc une option solide, à surveiller, et ou investir, au vue de la sortie de crise.
Ismail CHAIB.
Références
[1] Artus P., Betbèze JP., "La crise des subprimes", La Documentation Française, 2008.
[2] C.L. (avec agences), "Greenspan : la crise, plus grave que celle de 1929",
15 Septembre 2008, <http://www.easybourse.com/Website/article/9049-greenspan-la-crise-plus-grave-que-celle-de-1-2-.php>, consulté le: 26/12/08.
[3] Communiqué de presse Natixis., "Conseil de surveillance de Natixis approuve le plan de transformation radicale de la Banque de financement et d'investissement", 19 décembre 2008.
[4] Site officiel de la "National Venture Capital Association", <http://www.nvca.org/index.html>, consulté le: 26/12/08.
[5] "AFIJ : Association pour faciliter l'insertion professionnelle des jeunes diplômés", <http://www.afij.org>, consulté le: 26/12/08.
[6] Wortham J., "AT&T to Cut 12,000 Jobs as Landline Losses Grow ",
04 décembre 2008,
<http://www.nytimes.com/2008/12/05/technology/companies/05phone.html?partner=rss>, consulté le: 19/01/09.
[7] Shankland S., "Google cutting contractor workforce", 24 décembre 2008, <http://news.cnet.com/8301-1023_3-10107141-93.html>, consulté le: 26/12/08.
[8] Voir pour plus de détails, l'excellent article de Graham P., "Could VC be a Casualty of the Recession?", décembre 2008, <http://www.paulgraham.com/divergence.html>.
[9] <http://www.greenit.fr>.